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Crise au Mali : l’expertise de l’ancien premier ministre Kabinè Komara sollicitée

Le Changement de régime intervenu au Mali le 18 août dernier a porté au pouvoir une équipe d’officiers sous le nom de Conseil National pour le Salut du Peuple.

Les animateurs de cette nouvelle équipe dirigeante ont fait appel à la contribution de tous les fils du pays pour dessiner une Transition qui jettera les bases d’un nouveau Mali qui devra tourner le dos aux causes dévastatrices ayant déclenché les protestations populaires.

Dans ce cadre, des intellectuels maliens ont publié des contributions et même un Manifeste pour une Transition.

Ils ont aussi demandé à l’ancien PM Kabiné Komara de bien vouloir partager avec eux son expérience sur les leçons des transitions en Afrique et sa contribution personnelle lorsqu’il fut nommé par le CNDD comme PM en 2008.

Le but recherché est d’aider à définir une feuille de route réaliste éviter les pièges inhérents au processus de transition et surtout relancer des structures de refondation de l’état malien pour déboucher sur la tenue d’élections véritablement transparentes .

C’est dans ce cadre que s’est tenue ce samedi 29 août 2020 une visioconférence entre l’ancien Premier Ministre Kabiné Komara basé à Conakry et ce Groupe d”intellectuels maliens basés majoritairement à Bamako. La conférence a duré de 14h30 à 17h30 soient 3 heures d’horloge.

D’entrée de jeu, M. Komara a déclaré que la proximité particulière du Mali avec la Guinée exigeait que chacun puisse contribuer au rétablissement rapide de l’ordre constitutionnel dans ce pays frère.

Dans cette conférence, Kabiné Komara a brossé l’historique des transitions politiques en Afrique depuis le début des indépendances jusqu’à ces jours pour en tirer les principaux enseignements.

Il a fait ressortir que les transitions interviennent toujours dans les pays où sévit le dénie et le maquillage démocratiques, l’exclusion, la gabegie, la corruption engendrant des crises d’intensité croissantes qui aboutissent soit à des réformes en profondeur, soit au renversement pur et simple du régime défaillant.

Toutefois il a indiqué que l’objectif idéal ultime de toute transition n’est pas seulement de mettre sur place des institutions nationales issues d’élections démocratiques, mais surtout de consolider le nouveau régime issu de ces élections pour que le pays ne connaisse plus les mêmes avatars; ce qui malheureusement n’a pas toujours été le cas dans la plupart des pays où les nouvelles autorités ont refait où même fait pire que les précédentes.

Certains pays ont ainsi connu deux ou plusieurs transitions.

Le continent africain a ainsi enregistré trois étapes de Transition :

La première: est celle au cours de laquelle les régimes autoritaires ou autocratiques lâchent du lest grâce à toute une série d’événements ; mais tout en maintenant l’exercice du pouvoir. 43 des 48 pays de l’Afrique subsaharienne ont connu cette situation depuis les indépendances jusqu’aux années 90.

La deuxième étape:porte sur la mise en œuvre d’une véritable transition suite à la chute d’un régime décrié, avec à la clef l’adoption de nouveaux textes fondamentaux suivie d’élections pluralistes. En Afrique, c’est ce qui s’est passé dans près 35 pays à partir années 1990.

La troisième et dernière étapeest celle de la consolidation et de la maturité démocratiques par le maintien d’une vraie gouvernance vertueuse qui devrait récompenser tous les sacrifices endurés durant les phases précédentes.

Malheureusement seuls 10 pays d’Afrique subsaharienne sont demeurés dans cette voie.

Pourquoi ce constant désenchantement après tant d’espoir suscité au départ?

A cet effet, Komara a illustré sa réponse à cette préoccupation constante par plusieurs cas comme le Mali, le Burkina, etc.. Il a aussi cité des exemples vertueux comme le Ghana, le Botswana, etc..

Il s’est ensuite appesanti sur son expérience de la période de transition à laquelle il a pris part en Guinée en décrivant les éléments précurseurs, le rôle des différents acteurs, les péripéties, le rôle joué par la Communauté Internationale tant au niveau sous régional qu’international.

  1. Komara en a profité pour mettre un accent particulier sur les initiatives spécifiques prises alors pour la levée des sanctions et renouer de façon progressive les relations avec les bailleurs de fonds, avec une particularité pour certaines relations bilatérales stratégiques et autres organismes de défense de droit de l’homme.

Komara a par la suite souligné un certain nombre de traits qui ont marqué la plupart des transitions et dont le Mali devrait s’inspirer à savoir que:

durant la transition, il n’est pas rare de connaître des renversements d’alliance entre les acteurs initiaux dont les intérêts peuvent diverger en cours de route.

des dynamiques nouvelles peuvent surgir et qui peuvent mettre en mal l’atteinte des objectifs.

le pays peut être l’objet de rivalitésentre divers acteurs extérieurs et devenir le théâtre de jeux d’influence de ces acteurs étrangers voulant chacun imposer son agenda.

la multiplicité des intervenantspeut créer des rivalités institutionnelles

Préjudiciables au pilotage de la transition.

le pays peut faire l’objet d’une grande dépendance qui peut le mettre sous perfusion,

Pour terminer M. Komara s’est soumis aux questions spécifiques des différents participants sur les sanctions de la CEDEAO, la légitimité du blocage des transactions financières avec la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest ( BCEAO), comment maintenir une coalition contre le terrorisme, le rôle que peut jouer le secteur privé, les difficultés liées à la décentralisation, la place du M5 , les chantiers prioritaires à engager, les supports sur lequel le pays pourrait compter, la résorption des crises sociales , les nouvelles institutions, la feuille de route et les acteurs de la Transition malienne.

A la suite de tous ces échanges Komara a recommandé comme atout primordial à respecter,l’adoption d’une démarche inclusivepour associer tous les acteurs à la conception et à la définition du pilotage de la transition ainsi que la définition de la feuille de route.

Une fois cette feuille de route adoptée les grandes lignes doivent être d’abord comprises et acceptées des maliens.

Il a conseillé le recours aux différents réseaux que possèdent les élites au niveau des institutions internationales et des pays amis pour expliquer la situation particulière du pays qui demande une compréhension spécifique et un accompagnement particulier. La résultante de tout ceci amènera très rapidement un assouplissement des sanctions.

La feuille de route doit être marquée du sceau du changement réel et d’un espoir véritable pour que les populations y adhèrent dans leur grande majorité.

Elle doit prévoir de poser les bases de la pacification et de la réconciliation du pays, la préparation d’une charte de la transition, la mise en place d’une administration à même de fournir les principaux services de base et de préparer les élections. La feuille de route doit aussi prévoir une stratégie de conquête de divers soutiens et d’adhésion de la base sociale

A cet effet l’équipe de pilotage de la Transition doit prendre des mesures de rupture dans le domaine de la lutte contre la corruption et l’accaparement des biens publics et veiller à des jugements exemplaires.

Pour ne pas perdre la confiance des populations, les décideurs doivent éviter de faire des promesses irréalistes, démagogiques et populistes. Ils se doivent de faire très attention à leur communication pour éviter des messages incohérents et contradictoires. Ils doivent commettre des spécialistes aguerris pour faire le monitoring des principaux médias étrangers et locaux de façon à rectifier à temps toutes informations susceptibles de déformer leur intentions et ainsi ternir leur image et même créer la méfiance et le rejet.

Le Pilotage de la Transition devra déployer toute stratégie pouvant conduire à la libération de l’honorableSoumaila Cissédont la détention prolongée soulève assez de suspicions et de condamnations tant au Mali qu’en dehors du pays.

Par ailleurs, pour réduire les soubresauts inhérents à tout processus de ce genre, il y aura lieu de veiller en permanence au respect de la Charte et conclure un partenariat réaliste avec tous les Intervenants Extérieurs.

Pour terminer, Kabiné Komara a remercié l’équipe des frères maliens pour leur confiance.

Pour leur part, ces derniers ont félicité l’ex-Premier Ministre pour sa disponibilité et sa riche expérience et lui ont signifié qu’ils comptaient sur lui pour continuer à aider le Mali à travers ses relations mais aussi en se rendant disponible pour de futurs échanges de ce genre.

Sékou kéita

Conseiller Chargé de la Communication
Ministère de la Justice/ Rep. Guinée

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