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Gestion de la Transition : Refonder l’Etat oui ! mais aussi, renforcer le Système National de Planification existant pour consolider les bases du développement

Maintenant que le ciel se dégage de plus en plus autour de la période de transition … que le chemin à suivre est bien balisé avec l’annonce de la Charte de la transition à la suite des concertations avec les forces vives de la nation ; la clarification par la Charte de la mission essentielle assortie des principes et valeurs qui guideront l’action gouvernementale… Maintenant qu’un Premier Ministre est nommé et que l’ossature d’une structure gouvernementale est définie en attendant le choix des hommes et des femmes compétents et crédibles qui doivent l’animer … Il nous parait important et essentiel, d’apporter quelques idées maitresses dans l’unique but, d’aider à nourrir la réflexion devant déboucher sur l’élaboration du plan d’action de la feuille de route du Gouvernement de transition (tel que prévu par la Charte) ainsi que des lettres de mission des chefs des départements sectoriels.

Urgences politiques et institutionnelles versus questions de développement

Il est vrai que bon nombre de réflexions s’accordent de nos jours, sur le fait que dans une période de transition, la dimension politique et institutionnelle devrait prendre plus d’épaisseur dans les options stratégiques comparativement à la place que devrait occuper la composante développement dont la légitimité de choix devrait revenir au futur Gouvernement élu. Une tendance corroborée par les premières sorties du nouveau Premier Ministre affirmant « Mes priorités sont celles du CNRD. Elles sont clarifiées par la Charte et le discours du Président de la Transition, le 2 octobre 2021. Notre mission est simple et compliquée à la fois. Nous sommes en transition. Nous ne sommes pas en période de développement. Notre rôle est de délivrer les résultats attendus par la transition…Une administration publique juste et équitable au service de tous». Mohamed Béavogui, technocrate aguerri, cadre compétent et diplomate averti, s’est donc d’emblée (contexte oblige), mis « dans l’esprit du CNRD au pouvoir », déterminé à construire des fondations solides d’une Guinée nouvelle plus unie, solidaire et prospère.

Ce choix stratégique qui semble reléguer au second plan les questions du développement porté en échos par cette affirmation du Premier Ministre, Mohamed Béavogui est certes audible et légitime. Cependant, à notre humble avis, la Guinée sous la direction des nouvelles autorités devra tirer parti de ses multiples expériences « de transitions au goût d’inachevé » en opérant cette fois-ci, un savant dosage entre la volonté dictée par l’urgence de bâtir les fondamentaux d’une République démocratique stable, unie dans sa diversité et respectueuse des Droits de l’Homme et des libertés publiques, et la nécessité de renforcer et de promouvoir le développement, la prospérité partagée et inclusive des Guinéens. Il n’y a pas un temps pour l’urgence et un autre temps pour le développement !

Remarquez que le fonctionnement du système éducatif avec l’ouverture des classes, la gestion de la santé publique, la lutte contre la COVD 19, les programmes d’assainissement, la réhabilitation des infrastructures de proximité, le quotidien des guinéens, et qui plus est, le fonctionnement de l’Etat en termes de services à délivrer pour faire tourner la machine du développement économique… Cela ne saurait attendre la fin de la transition surtout dans un pays qui vit dans la pauvreté et la précarité aggravées par les effets de la pandémie de la Covid 19.

Par ailleurs, la cohérence dans les actions de la transition est de mise ! Si l’on ne s’en tient qu’à la dénomination CNRD (Comité National du Rassemblement pour le Développement) l’on s’aperçoit que même les ambitions de l’instance suprême de gestion de la transition ont pour finalité le Développement. Mieux, l’un des axes prioritaires de la transition est la Refondation de l’Etat. Et refonder l’Etat n’équivaut-il pas à redonner à l’Etat tous ses attributs de puissance publique de sorte qu’il soit à même d’exercer à la fois ses fonctions régaliennes (défense sécurité, justice, diplomatie et administration publique) et ses fonctions économiques (allocation, stabilisation et redistribution). Or dans une perspective de refondation de l’Etat, l’exercice des fonctions économiques appelle à doter ce dernier de tous les instruments de planification, programmation, de budgétisation, de suivi et d’évaluation, tels qu’ils sont conçus et mis en œuvre par les réformes du Système National de Planification

Capitaliser les acquis des réformes du Système National de Planification !

Le travail de refondation de l’État s’appuyant sur des réformes juridiques et institutionnelles et la refonte du système électoral projetées, n’aura de sens (en termes d’effets et d’impacts sur un futur proche du pays) que si parallèlement, l’on s’emploie méticuleusement à consolider les bases du développement en capitalisant notamment, les acquis des réformes du Système National de Planification (SNP) engagées depuis 2016. En clair, ne pas attendre la fin de la transition et l’avènement d’un Gouvernement issu des élections pour s’attaquer à la gestion du développement.

Nonobstant les aspects institutionnels et constitutionnels de son agenda serré, il va falloir par conséquent, que le «Gouvernement Béavogui », dans le cadre du nouveau Département de l’Economie, des Finances et du Plan, travaille à capitaliser les acquis de ces réformes. Au nombre de ceux-ci, il convient de mentionner :

Sur le plan opérationnel, le PNDES est l’instrument de programmation à moyen terme des actions de l’État et des collectivités locales dans tous les domaines de la vie publique : politique et économie, social et environnemental, culturel et technologique.

En effet, l’outil PNDES intègre les priorités en termes d’agendas régionaux et internationaux de développement notamment, la Vision 2063 de l’UA, la Vision 2050 de la CEDEAO, et les Objectifs de Développement Durable (ODD) à l’horizon 2030. Ce qui met le pays en adéquation avec les engagements internationaux en matière de developpement.

Il convient de souligner par ailleurs, que les stratégies d’assistance-pays de la Banque mondiale, de la BAD, de la BID, de la BADEA, de l’Union Européenne, des agences du Système des Nations Unies, ainsi que des partenaires bilatéraux (France, USA, Belgique…) sont alignés sur le PNDES.

Rappelons de passage que le PNDES 2016-2020 avait fait l’objet d’une Table Ronde des bailleurs de fonds en novembre 2017 à Paris. Ce qui a permis au pays, de mobiliser plus de 14 milliards de dollars américains sur 21,7 milliards de dollars de promesses de financement. Des ressources investies dans des projets d’infrastructures économiques et sociales (mines, routes, énergie, eau, santé, éducation et inclusion sociale) inscrits au Programme d’Investissements Publics (PIP).

Finaliser le PNDES 2021-2025 en cours d’élaboration participe de la continuité de l’Etat

L’avènement du CNRD au pouvoir le 5 septembre 2021 a trouvé que le pays travaillait d’arrache-pied avec le soutien financier et l’accompagnement technique des Partenaires au développement, à l’élaboration de la seconde génération du PNDES (2021-2025). Un gros chantier qui mérite d’être pris en charge au sein du nouveau Département de l’Economie, des Finances et du Plan au nom du sacro-saint principe de la continuité de l’Etat réaffirmé par les nouvelles autorités. Ce savant dosage s’impose « au Gouvernement Béavogui» pour mieux concilier les impératifs politiques et institutionnels de la transition avec les exigences d’une gestion efficace du développement.

C’est une lapalissade de dire que même en période de transition, l’Etat a besoin d’un Budget de Développement adossé à une loi des finances. Ce budget doit être tiré d’un Programme d’Investissement Publics (PIP) dont l’élaboration requiert la sélection des projets porteurs. Cet exercice de programmation ne pouvant se faire sans référentiel stratégique, la question de l’existence d’un PNDES se posera forcément à un moment ou à un autre de la transition. De la réponse à y apporter dépendra l’utilisation que les autorités de la transition entendent faire de la chaîne de Planification-Programmation-Budgétisation-Suivi-Évaluation (PPBSE).

En tout état de cause, il serait plus bénéfique dans cette période transitoire, d’éviter de « réinventer la roue » et d’opter pour la continuité dans les domaines qui ne nécessitent pas des remises en cause fondamentales. En l’occurrence, sur le chantier de la refondation de l’Etat, l’impératif en matière de gestion du développement doit être de renforcer l’existant. Ce qui équivaut à mettre en place un Système National de Planification, permanent qui survivrait aux avatars politiques et institutionnels futurs. Le risque d’une remise en cause du cadre programmatique Vision-PNDES-PIP-BND, et de voir le Gouvernement issu des élections, s’investir à nouveau dans le développement des instruments de PPBSE.

C’est au regard de ce qui précède qu’il serait plus indiqué que les nouvelles autorités fassent l’option de la poursuite et de la finalisation d’ici à la fin du mois de décembre 2021, de l’élaboration du Plan National de Développement Economique et Social (PNDES) 2021-2025. Une telle option conforterait les partenaires au développement déjà engagés dans l’accompagnement du Gouvernement à travers l’assistance technique au processus ainsi que dans le financement des études sur les thématiques émergentes du développement, tout en assurant la permanence, au-delà des contingences politiques et institutionnelles, du Système National de Planification.

D’ores et déjà, sur le front de la gouvernance et de la transparence, le ton est donnée dans la perspective de lutte contre la corruption et l’impunité avec l’annonce des actions urgentes à venir notamment l’audit des comptes publics, la mise en place d’organe de contrôle et de répression contre la corruption pour une gestion vertueuse et efficace des deniers publics. Ces gestes forts allant dans le bon sens rassurent les Guinéens et la communauté internationale quant à la volonté des nouvelles autorités de combattre la corruption, les crimes économiques et financiers pour mettre un terme à l’impunité. En somme, refonder l’Etat et remettre en même temps, le pays sur la trajectoire du développement. Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain !

Ibrahima Ahmed BARRY, Expert Senior, Journaliste/Consultant Guinée.