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Guinée/Cours à distance: Lettre ouverte au ministre Mory Sangaré

J’espère que ma lettre vous trouve dans d’excellentes conditions, notamment de santé vu l’épidémie de Coronavirus qui sévit actuellement dans notre pays.

Je voudrais tout d’abord faire un bref rappel statistique du Baccalauréat session 2019 et des projections pour la session 2020. En effet, la Guinée avait présenté en 2019 une statistique accablante. Sur 96 677 candidats inscrits, 90 050 candidats avaient effectivement composé parmi lesquels il y a eu 21 959 admis ; ce qui fait un taux d’admission de 24,38 %. Cette statistique révèle que 6627 candidats inscrits n’avaient pas composé et que 68091 candidats n’avaient pas été admis soit un total de 74718 élèves qui seront des candidats potentiels pour le Baccalauréat session 2020[1]. A ce nombre viendra s’ajouter celui des élèves qui ont été admis à l’examen de passage de la 12èmeannée en Terminale toutes options confondues. Bien que j’ignore le nombre de candidats pour la session 2020 au moment où je vous écris cette lettre, mais il sera sûrement supérieur à celui du Baccalauréat session 2019.

Il est connu en Guinée que l’année scolaire 2019-2020 a déjà été sérieusement perturbée due à la grève du syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLEEG). Le gouvernement auquel vous appartenez a toujours minimisé l’impact pour tant négatif de cette grève sur le bon déroulement des cours dans les établissements scolaires en Guinée et a pris parfois des initiatives à relents politiques dont les résultats escomptés n’ont pas toujours été entièrement atteints. Au lieu de discuter de manière franche les revendications du SLEEG pour améliorer de façon pérenne, la situation de l’école guinéenne, le gouvernement a plutôt encouragé et soutenu la création des syndicats parallèles d’enseignants. Il a aussi provisoirement recruté et déployé des enseignants contractuels, sans toujours le niveau requis, dans les écoles pour pallier à l’absence des enseignants titulaires grévistes.

C’est dans ce contexte que l’épineuse question éminemment politique du double scrutin législatif et référendaire en Guinée s’est invitée dans le calendrier scolaire avec deux congés académiques spéciaux accordés aux élèves et étudiants. Le deuxième congé a d’ailleurs été prolongé par la force de l’épidémie actuelle de Coronavirus dont les cas détectés en Guinée augmentent de façon inquiétante. Cette épidémie a entrainé la fermeture des écoles sur toutes l’étendue du territoire jusqu’à nouvelle ordre.

Face au risque d’une année blanche qui plane sur les écoles en Guinée à cause de l’épidémie du Coronavirus, vous avez affirmé dans une interview le 20 avril 2020 que vous envisagez de prendre des dispositions pour éviter un tel scenario [2]. A cet effet, vous avez évoqué l’établissement d’un plan de riposte axé notamment sur la mise en place d’une plateforme pour les cours à distance en faveur des élèves de tous cycles. Cette plateforme intègrerait les radios, les télévisions, les téléphones Android, les supports de cours en papiers pour permettre de faire profiter le maximum d’apprenants en attendant la fin de l’épidémie.

Lorsque j’ai lu les mesures que vous préconisées, je me suis très honnêtement posé la question de savoir de quelle Guinée on fait allusion. La bonne gouvernance commande de prévoir. Or, le gouvernement auquel vous appartenez n’a jamais envisagé les mesures pour améliorer l’enseignement en Guinée en temps de paix. Ce n’est pas parce que la Côte d’Ivoire le Sénégal, et tant d’autres pays envisagent de telles mesures, que vous devez faire du copier-coller. Savez-vous que ces pays cités sont nettement avancés plus que la Guinée en matière d’infrastructures et d’équipements appropriés pour ces enseignements à distance ? Le gouvernement guinéen, comme dans l’une des fables de la Fontaine intitulée la cigale et la fourmi, a passé ces dernières années tout son temps à chanter jour et nuit rien que de politiques (élections communales, législatives et scrutin référendaire entre autres). Maintenant, il veut subitement emprunter chez ses voisins, mais sans avoir pris les dispositions requises au préalable.

A moins que l’on veuille privilégier une infime catégorie d’apprenants en Guinée, je m’interroge sur la faisabilité des mesures que vous envisagez mettre en œuvre et à mon avis le nombre d’élèves qui seront touchés par votre plan de riposte sera faible.  En effet, plusieurs contraintes existent pour mettre en œuvre ces mesures de manière efficace en Guinée dont, entre autres :

  1. La faible disponibilité de l’électricité, même dans la capitale Conakry ;
  2. La non couverture de toute l’étendue du territoire national par la radiotélévision nationale ;
  3. Le taux de pauvreté élevé qui fait que de nombreux parents d’élèves n’ont pas la possibilité de s’offrir une télévision ou une radio familiale ou encore de payer les frais de connexion à l’internet pour ces cours à distance ;
  4. L’extrême lenteur de la connexion internet dans le pays qui risque d’entraver l’accès à ces cours s’ils sont effectivement dispensés ; et
  5. La dégradation poussée du réseau routier, surtout pendant la saison hivernale débutante en Guinée, qui rendrait difficile la dissémination des supports de cours en papiers au près des apprenants qui sont dans les zones reculées.

Comme approches de solutions réalistes, je suggère les suivantes :

  1. L’application effectives des mesures rigoureuses par le gouvernement pour interrompre la chaine de contamination du Coronavirus dans le pays pour espérer une ouverture de écoles le plutôt que possible ;
  2. L’organisation des cours de rattrapage intensifs une fois l’épidémie maîtrisée pendant une durée à définir par les cadres compétents de votre département ;
  3. L’organisation des examens nationaux en fonction du bon déroulement de ces cours de rattrapage avéré par une évaluation objective ;
  4. Le développement d’un plan de préparation et de réponse visant l’amélioration de l’école guinéenne ; et
  5. Si le gouvernement ne réussit pas à inverser la tendance actuelle du nombre de contaminés au Coronavirus pour permettre une réouverture des classes, prendre la difficile et douloureuse décision de proclamer en toute transparence une année blanche pour éviter de sacrifier la formation des enfants sur l’autel de la politique politicienne.

Vous en souhaitant bonne réception, recevez mes meilleures salutations

Dr André LOUA

Email : louaandre57@gmail.com

[1]https://globalguinee.info/baccalaureat-unique-session-2019-les-resultats-sont-disponibles-le-taux-damis-est-de-2438/ (vu le 26 avril 2020)

[2]https://www.africaguinee.com/articles/2020/04/20/annee-blanche-salaires-des-enseignants-cours-distance-mory-sangare-parle(vu le 20 avril 2020)