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Les coups d’États dans l’évolution politique des États africains : souvent un coup salutaire

L’humanité après la période qui précède son histoire (préhistoire) a connu 4 grandes périodes, chacune d’entre elles caractérisée par les faits marquant de son évolution.

Ainsi nous avons entre autre :

La période antique (3000 ans avant JC – 476 après JC) essentiellement marquée par l’invention de l’écriture et l’apparition des premières sociétés politiques (Cités grecques, empire romain, l’Égypte pharaonique). Cette période est également marquée par les premières réflexions sur l’organisation politique et juridique de la société humaine par l’apport des philosophes grecs et romains (Platon, Aristote, Septime Sévère…) qui apportèrent des contributions remarquables dans l’évolution politique des sociétés (notion de démocratie, classification des pouvoirs et territorialité du pouvoir politique).

Le moyen âge : (476 – 1492) : cette seconde période de notre histoire connaîtra en Europe les plus grosses perturbations de son organisation politique par la chute de l’empire Romain d’Occident en 476 et l’invasion de l’Europe par les Barbares (Mérovingien, Carolingiens) c’est une période obscure de l’histoire européenne qui s’explique par son mutisme sur 5 siècles (du V au X siècle). La question qui faille se poser est celle de savoir pourquoi ce silence ? Cette période connaîtra à partir du XI siècle la phase florissante appelée période florissante du moyen âge européen par la réorganisation de l’Europe qui se matérialise par un effort d’institutionnalisation du pouvoir politique à travers les monarchies qui émergeront dans les différents royaumes (Monarchie anglaise, monarchie française).

En Afrique, le moyen âge est la période la plus authentique de son histoire par la création d’institutions et d’organisations politiques (l’empire du Mali, royaume Songhaï, royaume Sosso, etc.) n’ayant subie aucune influence externe et surtout marquée par son impressionnante organisation sociale et son attachement aux valeurs humaines (abolition de l’esclavage dans la charte de Kouroukanfouga de 1236).

Le temps moderne (1492-1789) : il fut essentiellement marqué par les progrès scientifiques majeurs (machinisme) qui fera naître plus tard l’inégalité parmi les hommes mais aussi par un début d’éveil des consciences de la société Européenne qui voulait s’affranchir du pouvoir féodal issu du moyen âge.
L’époque contemporaine : c’est celle que nous vivons de nos jours. Elle débuta par les révolutions en Europe qui n’étaient rien d’autre que les conséquences des mauvaises habitudes développées dans l’exercice du pouvoir monarchique caractérisées par le monopole et la concentration du pouvoir, de l’influence de l’industrialisation qui aboutira aux inégalités sociales par la création de 2 classes antagoniques (prolétaires et bourgeois) mais aussi par l’assujettissement et l’exploitation du peuple noir (colonisation). Dès le début de cette période, les monarchies européennes seront fouettées par des séries de révolution (révolution française de 1789) qui contribueront efficacement à asseoir les fondements d’une société politique forte de ses institutions reposant sur des instruments juridiques tirés de la déclaration universelles des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui débarrassera le pouvoir politique de l’individualisme (patrimonialisation et personnification du pouvoir) qui l’avait longtemps caractérisé en le dotant de principes démocratiques s’exprimant par la seule volonté du peuple qui en sera le seul dépositaire dont l’expression se matérialisera par l’établissement d’un texte fondamental (constitution) qui définira la dévolution, l’exercice et la transmission de ces pouvoirs. La déclaration ira plus loin en donnant aux libertés individuelles un caractère juridique comme invoqué dans son article 16 « Tout Etat dans lequel la séparation des pouvoirs n’est pas assurée et les libertés individuelles ne sont pas garanties, n’a point de constitution. »
A l’analyse de ces faits marquants qui ont caractérisés notre histoire, nous pouvons déduire que les réalités actuelles que vivent nos sociétés sont la conséquence des actes antérieurement posés par celles-ci. C’est pourquoi il est souvent conseillé de s’inspirer de notre histoire pour mieux vivre le présent et préparer l’avenir.

L’Afrique, contrairement aux autres continents, a connu une histoire tumultueuse marquée d’une part par ses grands hommes (résistants, nationalistes et panafricains) qui ont lutté pour protéger son territoire et conserver ses richesses (matérielles et immatérielles). D’autre part, elle connaitra une influence étrangère qui affectera le cours normal de son histoire par le nihilisme de sa culture et l’imposition des pratiques qui lui étaient étrangères. Même si après sa libération du joug colonial dans la seconde moitié du XX siècle nous avions considéré qu’elle avait désormais l’entière responsabilité de son destin politique, social et économique, force est de reconnaitre qu’elle souffre encore de la trahison de ses élites partie à l’école du blanc qui auraient dû l’aider à répondre aux exigences de la mondialisation. Comme le disait Henry Lopez dans son ouvrage Pleurer rire publier en 1982 : « Si hier nos malheurs provenaient du blanc qu’il fallait chasser, aujourd’hui l’oncle est parti, le malheur est toujours là, qui faut-il donc chasser ? ». La réponse à cette question devient équivoque car le constat après les indépendances reste alarmant au regard des mauvaises mœurs politiques développées par ses propres fils qui ont désormais sa gouverne en mains. Comme signifier par Dénis Oussou-Essui dans son œuvre Ceux de la Tourmente publiée en 1981 : « C’est mieux autre fois qu’aujourd’hui quand la lanière du cuir blanc me frappait sur mon dos nu. Mon frère devenu mon patron me claque ses ordres à mes oreilles comme jadis le fouet du maitre blanc. ». Dans la même logique, Tierno Monènèmbo renchérira en évoquant l’échec des nouveaux dirigeants africains en ces termes : « Ceux qui auraient dû être la solution ne l’étaient en rien, c’était plutôt eux le problème à la lumière de la vérité ». La nouvelle Afrique tant attendue qu’on croyait pleine d’espoirs augure dès les premières années de son indépendance les prémices du désenchantement et de la désillusion laissant dans le gouffre un peuple qui portait encore sur son torse les séquelles d’une domination étrangère de près d’un siècle.
Considérant que les premiers (intellectuels) n’ont pas été assez responsables et conséquents pour relever le défis du développement socio-économique qui s’imposait au continent, les seconds (les militaires) qui ont aussi appris le maniement des armes à l’école du blanc se verront obligés de chasser ceci pour désormais redéfinir les orientations essentielles au développement d’une Afrique en proie aux exigences du monde actuel qui fait du respect des principes démocratiques la condition principale de l’exercice de tout pouvoir politique, conférant tous les pouvoirs au peuple en ayant pour seule voie l’acquisition de ces pouvoir par les urnes donc condamnant de facto les coups de force militaire appelés ‘’les putsch’’ qui sont souvent perçus comme une atteinte au droit établi par le peuple, autrement dit une violation des valeurs démocratiques.

Face à cette réalité (coup d’état) qui sera à la mode dès après les indépendances en Afrique, il serait important de se poser un certains nombres de questions relatives à l’objet réel de la démocratie qui à mon sens consiste au bien-être du peuple par le respect de sa volonté et la protection de ses libertés, l’autre question qui n’est pas des moindre doit porter sur le comportement dans la gouvernance et la légitimité de ces dirigeants soi-disant bénéficiaire de l’onction populaire. La réponse à ces interrogations se trouve logée dans la dictature de la plupart de ces dirigeants africains dont les agissements ne respectent aucunement les principes démocratiques (séparation des pouvoirs, respect des libertés publiques et fondamentales) qu’ils disent respecter et qui se trouvent être l’unique fondement du pouvoir qu’ils exercent. La constitution qui semble être le contrat social liant les gouvernants aux gouvernés (détenteurs du pouvoir politique) connait de la part de ses propres garants (gouvernants) les pires violations de nature à écarter la volonté de ceux dont elle est issue (le peuple) par la confiscation pure et dure de ses pouvoirs.

Si hier pour des philosophes des lumières (Montesquieu, Jean Jacque Rousseau) la constitution devait être une barrière à tout éventuel abus du pouvoir politique voire de sa personnalisation, de nos jours, elle est devenue une simple barrière de papier car la plupart des gouvernements actuels n’hésitent pas à la tripatouiller pour des raisons égoïstes et personnelles portées sur leur éternisation à la tête de leurs États et ceux au prix du sang des peuples qui en sont les véritables dépositaires. Que dire donc d’un pouvoir, qui ne répond plus aux aspirations du peuple, qui use de tous les moyens pour réduire à néant l’expression du peuple dans une communauté internationale (ONU, Union Africaine, CEDEAO) qui se veut respectueuse de la volonté du peuple et protectrice des libertés de ces derniers? Quel doit être notre jugement raisonnable et objectif à l’endroit de ceux (militaires) qui prennent la responsabilité de sortir le peuple du gouffre dans lequel les noient ces dictateurs ?
C’est pourquoi dans un tel environnement complexe et affecté par plusieurs scénarios, nous devons avoir raison gardée et juger des motivations qui entrainent souvent ces coups d’état et les véritables ambitions de ses acteurs. Si la motivation réside dans le mauvais comportement des dirigeants (gabegie financière, népotisme, favoritisme, corruption, clientélisme, despotisme) qui au lieu de créer de meilleures conditions de vie pour l’épanouissement de leur peuple se servent des richesses de ces derniers en n’hésitant pas parfois de retourner l’armée républicaine censé les défendre contre eux (tuerie dans les manifestations, arrestation arbitraire des opposants) sans omettre le bafouement systématique de l’ordre juridique existant en taillant à leur mesure les textes les plus fondamentaux régissant l’organisation des pouvoirs publiques et le fonctionnement de l’État.

Si l’ambition des meneurs du putsch consiste à redonner au peuple le pouvoir constituant originaire en lui permettant de définir dans une période déterminée (transition) ses nouvelles aspirations politiques (refondation de l’État, création d’institutions fortes par l’établissement d’une nouvelle constitution ne souffrant d’aucune illégitimité parce que bénéficiant en amont et en aval d’une massive adhésion du peuple), le tout aboutissant au choix de ceux qui devront exercer ses pouvoirs par le biais d’élections libres et transparentes. La seule déduction qui saurait être possible est celle d’un coup salutaire voire d’un coup de grâce.

Maurice Togba HABA

Enseignant chercheur
Directeur du service sport, art et culture universitaire au Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation de la République de Guinée

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