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Tribune- Affaire Ouattara : un Coup de grâce pour le Pr Alpha Condé (Par Kaba Nankan Moussa)

Depuis pratiquement une semaine, nous apprenions avec non moins d’enthousiasme et de stupéfaction, la déclaration en grande pompe, du Président Ivoirien Ouattara, de ne pas briguer un 3ème mandat le mois d’octobre prochain.

Ce folklore politique, savamment orchestré par le « maître à penser  » la France, Et qui ne cesse d’enflammer la toile  depuis, est brandit par l’opposition Guinéenne comme un trophée de guerre, pour se donner un nouveau souffle, dans son combat déjà perdu d’avance, d’empêcher une consultation populaire, norme la plus hiérarchisée dans une démocratie.

Sans aucune prétention de leur enlever, ce droit élémentaire, inhérent à tous les humains, de pouvoir se nourrir librement de tous les rêves, même les plus folles et surréalistes, il me paraît cependant nécessaire, d’aider cette classe politique à lire autrement cet événement survenu en Côte d’Ivoire et qui est entrain de pousser des millions d’africains et Guinéens, à continuer le combat avec le Pr. Alpha Condé, qui apparaît aujourd’hui comme celui à même, de soustraire l’Afrique du néocolonialisme et du complexe de dépendance à l’occident.

Pour faciliter pour tous, la compréhension de cette clownerie diplomatique d’un autre âge et ses implications politiques en faveur de l’un ou l’autre des camps, sur la scène politique Africaine et Guinéenne en particulier, je m’évertuerai à un rappel de faits historiques, géopolitique et en fin, une comparaison synthétique entre les deux Présidents Ouattara et Condé.

1-Contexte historique 

Pour qui sait les conditions d’accession de notre pays à l’indépendance, cette sortie ratée du Président Ouattara n’est ni une surprise, ni un modèle à suivre encore moins une occasion à saisir.

Pour rappel, pendant les années 50, à côté d’autres figures du continent, les leaders de la Guinée, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, étaient à l’avant-garde, de la lutte de décolonisation en Afrique Francophone. Les leaders du mouvement indépendantiste de ces trois pays, avaient alors scellé un pacte de solidarité pour promouvoir le non, chacun dans son pays.

La France qui venait d’essuyer un sanglant revers au Vietnam et en Indochine, ne pouvait se permettre de perdre, ses derrières grands influences dans le monde.

Il fallait donc agir sur le maillon faible de la chaîne du pacte, pour sauver ce qui pouvait l’être. La Guinée se trouva ainsi trahie par ses amis de lutte et exposée seule face à l’imminence du danger de la bête blessée.

Mais Dieu sauva la Guinée et sa révolution qui a brillé de ses mille feux pendant trois décennies en Afrique et dans les quatre coins du monde.

2-Le Contexte géopolitique

Après près de cinq décennies de décolonisation, l’Afrique rugissait jusqu’à un passé très récent, sous le joug d’un paternalisme occidental Français, la privant de toute fierté et de toute perspective de développement économique décomplexé vis à vis de l’occident.

Avec l’arrivé au pouvoir de François Hollande en 2013, un nouveau discours ou tout au moins, un nouveau vent dans les rapports entre la France et l’Afrique, commençait à souffler. Ce nouveau rapport, devrait symboliser la fin de la France- Afrique, en français simple, la fin de l’ingérence française dans les affaires intérieures des États Africains.

Le locataire actuel de L’Elysée a bien voulu emboîter ce pas pendant les premiers mois de son élection en 2017. Mais c’était sans compter sur les nouveaux rapports de forces dans les relations internationales, dont entre autres: l’arrivée de Trump aux États-Unis, la nostalgie de l’ancienne gloire de l’ex URSS par Poutine, l’arrivée au pouvoir des populistes, un peu partout en Europe et en Amérique du Sud, l’offensive économique de la Chine partout dans le monde, la montée en puissance d’autres pays émergents comme le Brésil et l’Inde etc..

Aujourd’hui, nul besoin de rappeler, la perte progressive et irréversible de l’influence de la France dans ce qui était appelé autre fois « le pré carré Français  » en Afrique. A titre illustratif, la France est aujourd’hui absente sur presque la totalité des grands projets miniers de la Guinée à l’instar d’autres pays en Afrique. La Guinée comme la plupart des pays africains, depuis un certain temps, ne cessent d’appel de tous leurs vœux, la fin de la mainmise de la France sur une partie de L’Afrique. La problématique de l’Eco en dit long sans oublier l’appel, du Pr. Alpha Condé, à son homologue Ivoirien Ouattara, à Abidjan, de rompre le cordon ombilical avec la France.

Surpris et apeuré face à cette audace à la Sékou Touréenne, Ouattara déclara avec une petite dose d’ironie « Ah! J’ai oublié de signaler à Alpha que la caméra n’est pas coupée » et Alpha, comme à son habitude, de répondre « je m’en fou ».

Face à ce danger de perdre toutes ses influences dans cette mondialisation où les rapports de force entre les nations puissantes, devient de plus en plus ouverts, à la quête d’un leadership à l’échelle planétaire,  Macron n’a d’autre choix aujourd’hui que de recourir aux vieilles méthodes de la période coloniale pour sauver au moins, ce qui reste encore de nos jours, l’une des grandes influences Françaises dans le monde, à savoir: la Francophonie dont les 90% des membres sont en Afrique.

Les même causes produisant les mêmes effets, Macron et ses renseignements généraux cherchent inlassablement les maillons faibles dans les dispositifs étatiques en Afrique.

Et quand on connaît le degré de l’implication de la France dans la crise poste électorale en Côte d’Ivoire jusqu’à l’intronisation de Ouattara au pouvoir en 2011;

Quand on sait la survie existentielle assurée par la France au régime de Mamadou Issoufou du Niger, dont le pays est encerclé de partout par les terroristes, qui peuvent à tout moment, s’empare de ses mines d’uranium n’eut été la présence Française à travers la société Areva ;

Quand on connaît les soupçons qui pèsent sur la présence des forces Barkanes au Mali et la responsabilité de l’État Français dans le terrorisme au nord de ce pays, responsabilité dénoncée aujourd’hui jusqu’au plus haut sommet de l’État Malien, on comprendra aisément que ces maillons faibles existent encore malheureusement de nos jours et leurs agissements ne sont ni plus, ni moins qu’une question de survie face au « Parain » la France.

3-Comparaison liminaire

Depuis ce cirque de Ouattara, dignes des grands opéras Européens, beaucoup de politiciens et leaders d’opinion en Guinée et d’ailleurs se livrent à toute sorte de giottisme pour encenser Ouattara et par-delà tout, appeler le Pr. Alpha Condé à s’inspirer de lui. Cet appel inopportun et irresponsable de ceux qui devraient pourtant nous inspirer, me donne le double sentiment de déception mais aussi une forte conviction de les voir, à  cette occasion, s’éloigner de plus en plus de leur but, la conquête du pouvoir.

3-1-La déception 

J’estime, et je ne suis certainement pas le seul à le voir ainsi, que l’exercice de conquête du pouvoir, obéit à un certain nombre de vertus qui forgent la personnalité de tout postulant à ce métier. Parmi ces vertus figure: la cohérence dans le combat, la constance dans les stratégies mais et surtout la recherche permanente de la paix et la sauvegarde de la cohésion sociale. Ce qui implique que nul ne doit déroger à une quelconque de ces principes sacro saints des normes sociales pour accéder au pourvoir.

Alors comment, une personne normale, qui connaît ces notions élémentaires au point de vue de la démocratie et de la morale, peut se permettre, de mettre dans la même balance, Alassane Ouattara et Alpha Condé? Pour un petit rappel:

a- Alpha Condé tout comme Ouattara,  se sont vus à un moment donné de leurs luttes politiques, refuser à tort ou à raison, leurs victoires à la présidentielle dans leurs pays. Mais la réaction de chacun face à cette similitude de cas, nous montre une première incohérence de la tentative de comparaison entre les deux.

-Le Pr. Alpha Condé, encouragé en 1993 par la France et des millions de soutiens en Guinée et ailleurs, à revendiquer sa victoire par tous les moyens, il se contenta de déclarer « je ne suis pas venu pour gouverner un cimetière »;

-Placé dans les même conditions en 2010, Ouattara déclara « Si Gbagbo ne cède pas le fauteuil et reconnaître ma victoire, je lui rendrai le pays ingouvernable ».

Comme conséquence de ces choix et décisions historiques de ceux qu’on essaie aujourd’hui paradoxalement de mettre dans la même enseigne:

b- Le premier c’est à dire le Pr. Alpha Condé a dû attendre 17 années durant avant d’accéder au pouvoir;

c-Tandis que Ouattara provoqua une guerre civile qui a causé  plus de 3000 morts sans tenir compte des dégâts matériels qui se chiffrent à des centaines de millions d’euros.

d- le Pr. Alpha Condé, depuis son accession au pouvoir, ne cesse d’être embêté, empêché et insulté par ses opposants tandis que ceux-ci continuent de respirer l’air libre de Guinée et marchent librement sous le ciel Guinéen, sans aucune inquiétude;

e-Dans un genre différent pour les même faits, Ouattara fait exiler, tabasser ou emprisonner tous ses opposants au premier rang desquels le Panafricaniste Laurent Gbagbo, ancien Président de la République;

f-Depuis 2010, la Guinée sous Alpha Condé a connu quelques 3 démissions dans l’équipe gouvernementale, et qui continuent de jouir de leur droit civique et politique sans aucun problème;

g-Au même moment,  le Fama de Côté d’Ivoire, lui, n’admet aucune démission dans ses rangs au risque de subir le même sort que Guillaume Soro, accusé aujourd’hui de détournement de dénier public après avoir été premier ministre et Président de l’assemblée nationale.

Après c’est quelques faits parmi tant d’autres, dites-moi en quoi Alpha Condé doit s’inspirer de Ouattara.

 3-2-Conviction renforcée pour une victoire du RPG-AEC 

Après la courte euphorie suscitée par le discours téléguidé de l’agent  Français en Afrique, très vite le masque tomba car comme le disait le célèbre parolier  Guinéen Morifindjan Dioubaté, je cite « tout ce que t’es yeux voient, d’autres yeux le voient aussi ».

Rappelons-nous des événements qui ont précédé  ce fameux discours de Yamoussokoro

-Tout à commencer par une soit-disante fausse liste de chefs d’État Africains pour une mission de bon office à seulement deux jours du scrutin, mission pour laquelle trois des chefs d’Etat annoncés ne savaient rien du tout;

– La déclaration et contre déclaration de l’OIF à seulement quelques heures de l’échéance;

– le plus ridicule dans cette boiteuse démarche de la France, est que c’est ce Ouattara-là même qui a demandé amicalement et fraternellement au Pr. Alpha Condé, de bien vouloir repousser le vote de quelque temps pour permettre l’arrivée d’une mission africaine pour assainir le fichier.

Et après seulement une semaine de ce geste Panafricain de l’un des derniers panafricanistes encore en vie sur le continent Africain, l’ennemie, sans honte ni vergogne, montra son vrai visage face au monde entier. Mais comme on a coutume à le dire: « à quelque chose malheur est bon », cet événement est entrain de produire l’effet contraire, en ce sens que:

-Premièrement  Tout le monde comprend aujourd’hui l’irrésistible désir de la France, de chercher des hommes de main en Afrique, pour les placer à la tête de leurs pays m, afin de faciliter l’exécution de son plan machiavélique de main mise sur l’Afrique. C’est la nouvelle doctrine dans  la diplomatie Française appelée » la Macronnie ». Cela me rappelle des yeux charmeurs et complaisants c’est derniers temps,  d’un certain Lafji Cellou vis à vis de la France. La polémique sur l’Eco qu’il a entretenu tout récemment est plus révélatrice. Au moment où tous les Panafricains critiquent cette forme de monnaie, qui est programmée  pour maintenir encore longtemps l’Afrique dans le juron de la France, notre champion de la guérilla urbaine fait un clin d’œil à Macron, pour lui dire, que s’il bénéficie d’un coup de grâce de la France, pour accéder au pouvoir en Guinée,  comme Ouattara, il défendra en tout lieu et en toute circonstance, les intérêts et privilèges de la France et que le rêve séculaire de la France, pour faire de la Guinée un des moteurs du développement de son économie et sa prestige, ne sera qu’une question de formalité.

Ce qui poussent aujourd’hui beaucoup de puissance non les moindres, comme les États-Unis, la Russie, la Chine et  les États du Golfe, à montrer une neutralité sans faille dans ce feuilleton Guinéen, en se contentant de rappeler le droit des uns à aller au vote et le droit des autres qui ne le souhaitent pas, à  ne pas y aller. Aussi des millions d’africains et Guinéens sont désormais plus déterminés que jamais à aller au bout de ce processus pour enterrer définitivement, l’espoir d’un retour de la France-Afrique sur le continent Africain;

-Deuxièmement: Pour Ouattara, à peine la comédie terminée, qu’il se voit confronté à une opposition farouche de son hold-up électoral programmé. Aujourd’hui, il se rend compte, impuissant, que « l’histoire n’est pas une course de vitesse mais une course de fond  » comme le disait notre  regretté bien aimé Ahmed Sékou Touré. Après s’être réveillé de son éphémère sommeil provoqué par le néo-colon, il se rend  compte que la Guinée n’est pas la Côte d’Ivoire et que comme en 1958, le PEUPLE de Guinée, dressé comme un seul homme, derrière son bien aimé Professeur Président Alpha Condé, saura répondre au néo-colon et ses complices en Guinée et en Afrique.

Que Dieu bénisse la Guinée et les Guinéens.

 

Nankan Moussa KABA,

Comptable de formation et de profession, adepte du Panafricanisme à l’école CONDEENNE