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Droit de manifestation, devoir de mémoire !

En Démocratie, manifester dans des conditions déterminées, pour des causes louables et avouables, est un droit et une liberté pour le citoyen. En Guinée, un droit qui figure d’ailleurs en bonne place dans la Constitution.

Cependant, un constat s’impose. D’une manifestation à une autre, ce droit constitutionnel qui est considéré comme un important acquis démocratique, a tendance, du fait de la manière dont il est perçu et exercé par certains, à être dévoyé, à se muer en une véritable menace pour la paix sociale, une permission de se livrer à des actes de défiance à l’encontre  des  Lois et des institutions de la République  : ceux qui appellent à manifester,  semblent avoir leurs raisons et leurs objectifs ; et ceux qui manifestent  ont leurs méthodes et utilisent des moyens qui les opposent aux forces de l’ordre, parfois à d’autres citoyens, dans des circonstances et des proportions difficiles pour tous, quelquefois dramatiques.

Il y a eu pourtant des manifestations, par le passé, sans violences ni victimes, lorsque le climat politique était apaisé, quand un minimum de consensus et de confiance existait entre les acteurs.  Il s’agit, fort malheureusement, de rares épisodes dans le long fleuve tumultueux des manifestations régulièrement violentes, souvent meurtrières qui ont traumatisé les Guinéens lors des émeutes sociales et politiques. Aussi, les manifestants qui exercent en principe pacifiquement leur droit, ont-ils souvent cédé la place à des émeutiers portés à la violence, prêts à installer la chienlit et à en découdre coûte que coûte avec ceux qui sont chargés de préserver l’ordre public, de protéger les droits et les libertés des autres citoyens, de tous les citoyens. Chaque fois qu’il est question de manifestations en Guinée, contrairement à d’autres pays où cela est si courant que c’en est devenu banal, chacun s’attend à des heurts et des violences, les habitants de Conakry notamment éprouvent les pires appréhensions, parce que n’importe qui peut en être une victime – directe ou collatérale -. Avec des scènes de guérilla urbaine qui se soldent fréquemment par des blessés, des destructions de biens publics et privés, et aussi, hélas, par des morts. Il arrive même qu’on enregistre des victimes loin du théâtre des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre.

La plupart des citoyens interpelés ou victimes, le sont pendant les échauffourées, quelquefois après.

Au fil du temps, au fur et à mesure, certains recouvrent la liberté après une garde à vue, d’autres sont condamnés au terme de leur passage dans le prétoire, parmi ces derniers d’aucuns bénéficient de la grâce présidentielle.

Il est vrai que des opposants au pouvoir, ainsi que leurs soutiens, ne manquent pas, à ces occasions, de jeter l’opprobre sur la justice qu’ils accusent d’être aux ordres. Pourtant, dans le temps de la justice qui n’est évidemment pas du goût de tout le monde, des magistrats assermentés s’attellent à l’application de la loi sans tenir compte des pressions d’où qu’elles puissent venir. Avec l’autorité et la sérénité qui siéent dans le temple de Thémis.

Heureusement, de nombreuses bonnes volontés restent, par ailleurs, mobilisées et attentives à la moindre opportunité susceptible de favoriser le dialogue,  de rapprocher les positions des différentes chapelles politiques en vue d’une cohabitation pacifique, à même de garantir une paix durable.

Qui donc aurait intérêt à  une reprise de ces manifestations de triste mémoire, avec le risque de faire ressurgir les vieux démons de la violence et du désordre, de créer de nouveaux problèmes,  alors que la solution à  d’autres provoqués par les mouvements de rue est aujourd’hui sollicitée et souhaitée par tous ? En tout cas par les Guinéens dans leur grande majorité.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’option de la rue, alors qu’un dialogue inclusif est esquissé, n’a-t-elle pas l’allure d’un saut périlleux ? La solution raisonnable ne serait-elle pas alors de trouver une alternative ?

En attendant que chacun, à la faveur entre autres d’une sensibilisation des militants par leurs leaders, dont c’est la mission aussi, comprenne que manifester ce n’est pas casser, piller, brûler, encore moins tuer, la reprise éventuelle ou annoncée des manifestations ne peut être l’ultime recours, ni la panacée.

Au contraire, au moment où la sérénité revient dans le débat public, qu’un dialogue (même discret pour l’instant) est engagé, que des actes de bonne volonté sont posés afin de renforcer l’unité et la paix dans le pays, et rétablir les ponts entre les acteurs responsables et patriotes, appeler ou penser à manifester semble détonner dans l’ambiance générale de trêve sociale et de paix des braves que le pays vit actuellement. Est-ce donc là une stratégie qui tiendrait compte du contexte social et du rapport de force, surtout au regard de la recomposition politique en cours ?

Là se pose la question fatidique à laquelle beaucoup de leaders politiques ne semblent pas trouver la bonne réponse : qui de la base ou du sommet du parti décide de la marche à suivre ? Tous semblent dire qu’il faut suivre sa base et qu’il faudrait contenter ses desiderata.  Alors, qui maintenant pour la guider, tracer le chemin, mobiliser pour les objectifs ?

Dans l’histoire, on a toujours entendu parler des leaders qui ont entraîné les autres, jamais de ceux qui suivent la  voie d’autres ou se laissent prendre à leur piège.

Selon la posture du roi de France Philippe VI : « Qui m’aime, me suive ».

A méditer.

 

Tibou Kamara

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