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Le Président Ahmed Sékou Touré 37 ans après (Par Abdoulaye Condé)

Le 26 mars 1984, à la surprise générale, le Premier Ministre, Dr Lansana Béavogui, d’une voix brisée par le choc, annonce sur les antennes de la Voix de la Révolution, le décès brutal du Responsable Suprême de la Révolution, le Président Ahmed Sékou Touré dans une Clinique de Cleveland aux États-Unis d’Amérique.

Le 30 mars de la même année, la Guinée dans une mobilisation presque totale, les grands dirigeants africains et mondiaux de l’époque, lors des obsèques dignes d’un Grand Homme d’Etat, ont rendu hommage et accompagné à sa dernière demeure l’un des dirigeants les plus prestigieux et influents de l’histoire.

Le 03 avril 1984, l’armée Guinéenne, dans toutes ses composantes regroupées dans un Comité Militaire de Redressement National, s’empare du pouvoir et provoque une effervescence joyeuse indescriptible et incroyable au regard de la même ampleur de mobilisation endeuillée observée quelques jours auparavant suite au décès du Président Ahmed Sékou Touré.

37 ans après, quel constat ?

Le 03 avril 1984, à la prise du pouvoir par l’armée Guinéenne, deux éléments ont lourdement pesé en faveur de la grande popularité du CMRN, tombeur du régime du PDG et affecté négativement l’image du feu Président Ahmed Sékou Touré, décédé le 26 mars 1984 qui venait de bénéficier des obsèques dignes des grands Hommes du siècle : la répression des complots réels ou supposés contre le Parti-Etat et l’accusation d’enrichissement personnel portée contre le père de l’indépendance Guinéenne, ses compagnons politiques et les membres de sa Famille. Pour un Homme, qui a toujours voulu se donner l’image d’un dirigeant totalement détaché de l’argent, du bien matériel, ce chef d’accusation était particulièrement accablant, de quoi déconstruire toute une œuvre. Bref, c’était la vraie mort politique du Président Ahmed Sékou Touré après sa disparition physique.

Une écrasante majorité de Guinéens et de la communauté internationale ont adhéré à ces accusations réitérées durant de nombreuses années par les nouveaux Maîtres de Conakry et relayées à travers le monde dans les sommets internationaux ou lors des visites officielles des dignitaires du CMRN dans les pays étrangers. Durant de nombreuses années, le Guinéen et l’étranger ont eu le sentiment que les déclarations patriotiques et même panafricanistes du Président Ahmed Sékou Touré n’étaient que de simples discours, et que la vérité ou la réalité était que L’HOMME du 28 Septembre 1958 a régné d’une main de fer, éliminé ses adversaires réels ou inventés que pour se servir à satiété des ressources du pays, enrichir sa famille et lui même avec des Comptes bancaires et des biens immobiliers dans de nombreux pays du monde.

Aujourd’hui, 37 ans après sa mort et bien avant, les Guinéens, qui ont le sens de l’observation et du discernement, semblent avoir compris et ont une toute autre lecture du régime du Président Ahmed Sékou Touré. A ce jour en effet, aucun élément, aucun indice – petit soit il- n’a permis de donner un début de commencement de preuve n’est venu pour étayer cette accusation des militaires du 03 avril 1984 caricaturant le Président Ahmed Sékou Touré d’enrichissement illicite. Tout au contraire, même des membres du CMRN ont eu l’honnêteté d’avouer que les nombreuses enquêtes menées en Guinée et ailleurs, depuis les lendemains du 03 avril 1984, n’ont laissé transparaître aucune trace d’enrichissement personnel ni du Président Ahmed Sékou Touré ni de sa Famille.

Et les Guinéens, qui ont connu cette époque, se remémorent : les enfants du Président Ahmed Sékou Touré, comme ceux du Guinéen ordinaire, n’ont fréquenté que les écoles Guinéennes parfois à l’intérieur du pays du primaire à l’université, aucun d’entre eux n’a bénéficié d’une bourse d’état pour l’étranger. Alors que de milliers de jeunes Guinéens issus de familles modestes et inconnues ont bénéficié des formations dans des illustres universités et écoles supérieures à travers les bourses que de nombreux pays africains, asiatiques, européens ou américains offraient à la Guinée, parfois directement au Président Ahmed Sékou Touré à titre personnel.

Sur le plan de la Gouvernance, plus de 60 ans après l’accession du pays à l’indépendance, le Président Ahmed Sékou Touré et son régime sont, pour les Guinéens, les acteurs de la fondation de l’Etat Guinéen et les uniques artisans des grandes infrastructures publiques existantes à ce jour : Palais du peuple, palais des Nations, Cité des Nations, Stade du 28 Septembre (l’unique jusqu’à une date très récente avec le lancement des travaux de finition du Stade de Nongo par Antonio Souaré) et les stades régionaux aujourd’hui préfectoraux abandonnés, les Hôpitaux nationaux et régionaux, l’université Gamal Abdel Nasser, les facultés dans chaque région ou préfecture du pays, l’aéroport Gbéssia ( que les militaires ont inauguré en 1984 et qui a connu sa seule et unique modernisation en 2007 avec le système de satellite initié par Gouvernement Kouyaté avec le ministre Boubacar Sow Sow en charge des Transports à l’époque ). L’école obligatoire jusque dans les villages les plus reculés. Si l’école était obligatoire, l’emploi était garanti à tous les diplômés des établissements techniques et universitaires. Tous les services de l’Etat présents partout dans le pays: Justice, Police, Gendarmerie, Travaux Publics, PTT etc. La sécurité garantie partout sur le territoire national. Le moindre détournement de fonds publics était considéré comme un crime et sanctionné comme tel.

Autres temps, autres mœurs. Les entreprises et sociétés comme FRIGUIA, CBG, OBK, la SOGUIFAB, ENTA, LA SOGUILUBE, L’USINE DE TEXTILE, LA SCIERIE DE MACENTA, C0NSERVERIE DE MAMOU, L’USINE DE JUS DE FRUIT DE MAFERINYA, L’USINE DE THÉ DE MACENTA et bien d’autres étaient aussi la preuve éloquente de l’attachement et de l’intérêt du Responsable Suprême pour l’économie et le bien être des populations du pays au service duquel il a dédié sa vie.

C’est bien le Président Ahmed Sékou Touré qui a créé l’Armée, la Gendarmerie, la Police Guinéennes. C’est le régime du Président Ahmed Sékou Touré qui a construit tous les camps militaires dont dispose aujourd’hui la Guinée à Conakry et dans les préfectures : Almamy Samory Touré, Alpha Yaya Diallo, Mamadou Boiro, Soundjata, Kèmè Bourema et tous les autres à l’intérieur du pays.
Avec une véritable politique sportive, les compétitions sportives et culturelles (inter-quartiers, intersections, inter-régions ou inter écoles) étaient régulièrement organisées et sur toute l’étendue du territoire national.

Sur la scène internationale, la stature et la posture du Président Ahmed Sékou Touré ont imposé le rayonnement et le respect de la Guinée dans le monde. Le président de l’assemblée Nationale du Sénégal, Moustapha Niasse que j’ai eu l’occasion d’interviewé longuement à Lomé et Dakar, en 2005, remerciait le Président Ahmed Sékou Touré de lui avoir permis de prier sur la tombe de Notre Prophète Mahomet ( Paix et Salut Sur Lui) à la Mecque. Habib Chatty, ancien Secrétaire Général de la Ligue Islamique a témoigné dans une parution de JA sur « l’absolu respect » et la grande influence dont avait le Président Ahmed Sékou Touré au sein de la UMMA Islamique et des pays arabes.

Malheureusement, et sur le plan local et sur la scène internationale, aucun de ses successeurs, n’a encore pu faire mieux pour la grandeur internationale de la Guinée. C’est du moins le constat des Guinéens qui observent ou subissent l’évolution de leur pays. En résumé, le Président Ahmed Sékou Touré, pour les Guinéens, était un Homme intégré dans la vie de son pays qu’il parcourait à longueur d’année infiniment beaucoup plus que tous ses successeurs.

En ce qui concerne la cruciale problématique de ceux qui ont malheureusement perdu la vie durant les 26 ans de la première République, le regret, et il est profond, est que les militaires du CMRN qui ont renversé le régime du Président Ahmed Sékou Touré n’ont jamais initié les enquêtes sur les arrestations, emprisonnements et tueries enregistrés durant les 26 ans de règne de la première République.

Pas plus que les régimes suivants n’ont voulu ou pu engager le débat sur cette épineuse situation afin de situer les responsabilités et assurer à ces différentes personnalités une sépulture dont elles ont été privées par la première République. Cependant, et même si le temps a prouvé que le Président Ahmed Sékou Touré ne s’est jamais enrichi sur la tête d’un de ses anciens compagnons disparus sous son règne, il aurait été infiniment mieux que le Responsable Suprême adopte une posture de tolérance envers ceux qui ont été accusés, à tors ou à raison, de complot ou de trahison, d’autant que la vie humaine a un caractère sacré.

Vrai ou faux, les complots ne pourront jamais justifier les répressions meurtrières.

Ce point, que ses successeurs ont lentement et inexorablement laissé enfouir avec la mort de presque tous les acteurs et témoins des faits, constitue la tâche sur le bilan d’un Président qui a profondément aimé la Guinée et défendu de toutes ses forces ses intérêts. Et comme reconnaissait l’un de ses plus ardents adversaires-critiques, le premier Président Sénégalais, feu Léopold Sédar Senghor, « le Président Ahmed Sékou Touré a été un patriote Guinéen et Africain ».

En ce 26 mars 2021, coïncidant au Vendredi Saint, VEUILLE ALLAH, NOTRE CRÉATEUR, accepter les Prières et Douas pour le repos éternel dans son Paradis du Président Ahmed Sékou Touré, ses compagnons de l’indépendance, ses collaborateurs, les disparus sous son régime et tous nos proches défunts. Amen

Par Abdoulaye Condé, Journaliste.

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