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Non, ne cédons pas à la violence communautaire !

Nzérékoré, la grande ville du sud-est de notre pays, la Guinée, capitale de la région forestière, région cosmopolite par excellence dans le sens qu’elle abrite presque toutes les ethnies de la Guinée, est en proie, depuis dimanche, à des affrontements intercommunautaires d’une violence inouïe, et qui ont déjà fait beaucoup de victimes humaines et de dégâts matériels importants, consécutifs aux élections législatives couplées avec le référendum du dimanche 22 mars 2020.

Pour chacun d’entre nous, cela est tout sauf une surprise, parce qu’il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas entendre et voir depuis longtemps  les prémisses de ces affrontements, la surprise serait plutôt que ces violents affrontements qui n’ont même pas épargné les lieux de culte chrétiens et musulmans, se cantonnent pour l’instant à la région forestière.

Les entrepreneurs politiques de tous bords ont tellement tiré sur la fibre ethnique ces derniers jours en Guinée que nous avions tous une peur bleue que ce jour fatidique qui a été plusieurs fois repoussé, arrive enfin. Comme l’a dit l’écrivain français Balzac : « il est des individus nés mercenaires qui ne font aucun bien à leurs amis ou à leurs proches ». En Guinée, nous avons des entrepreneurs politiques et autres petits politicards qui ne se nourrissent que de la haine de l’Autre en lui collant toutes sortes de qualités nauséabondes. Toutefois, notre but ici n’est pas de dénoncer les uns ou les autres, il est plutôt de nous interpeller tous sur le danger que court notre pays en ce moment critique de notre histoire moderne.

En Guinée, le précepte vieux comme le monde : « diviser pour régner », continue de faire encore de bonnes recettes, il revient à créer le chaos pour continuer à s’enrichir, continuer à jouir des privilèges, continuer à gouverner, etc… C’est pourquoi nous devons tous ouvrir les yeux sur la réalité et refuser de tomber dans le piège de la division qui fait les choux gras de beaucoup de pseudos politiciens. Ces derniers temps, toutes sortes de discours étaient tenus au grand jour en Guinée, chacun pouvait s’y étaler  sans vergogne en s’attaquant à une communauté sans prendre de gants, sans être inquiété ensuite, pourvu qu’il soit du « bon côté ». Et pourtant qu’on se le dise !, il n’y a pas de super-guinéen, nous sommes tous fils du même pays.

La Guinée est aujourd’hui un pays très divisé. Si certains ne se gênent pas dans la surenchère communautaire, d’autres ont toujours peur de glisser leur langue sur le sujet ethnique, qui est un domaine sensible, même s’ils sont de bonne foi, de peur d’être taxés d’ethnocentriste, et pourtant qui n’est pas vraiment ethnocentriste dans la Guinée d’aujourd’hui ? Tout cela est d’une hypocrisie incroyable dont les effets commencent déjà à se faire entendre à Nzérékoré. Refusons, nous les jeunes qui sont souvent les premiers à être sacrifiés sur la place publique, de servir de moutons à sacrifier pour les politicards ! Refusons cela avec force.

Une élection qu’elle soit présidentielle, législative ou référendaire, est une occasion de célébrer l’honneur démocratique par excellence. Le jour des élections est censé être le jour de la légitimation des instances gouvernementales. Or ce que nous avons vu le dimanche 22 mars 2020, à travers les médias traditionnels et les réseaux sociaux, ressemblait à un champ de bataille.

On n’était pas loin d’une scène de guérilla, où parfois des armes de guerre faisaient face à des jets de pierre, des hommes bien entrainés au maniement des armes faisaient face à des enfants souvent en guenilles. Là aussi, nous avons souvent peur de glisser nos langues sur ce sujet, car nous risquons d’être immédiatement exposés à des insultes ou des critiques acerbes avec des relents ethniques. Nous oublions pourtant que personne n’a une habilitation pour dire qui est le bon guinéen, et qui ne l’est pas, qui doit s’exprimer, et qui ne le doit pas, parce que nous sommes simplement des Guinéens.

Alors dénonçons l’ethnocentrisme, parce que l’ethnocentrisme ne peut jamais faire avancer un pays, au contraire il ne crée que le chaos et la désolation. La violence détruit les édifices privés et publics des paisibles citoyens. Refusons de la justifier, quelle que soit son origine. Nous disons stop à la violence, et vive la Guinée unie, solidaire, démocratique et prospère.

Thierno Youla SYLLA

Chercheur à Paris III

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