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[Tribune] Que l’ethnocentrisme repose en peine !

Je plaide en tant que sociologue, en tant qu’artiste de cesser d’utiliser dans notre langage courant deux maux (mots) en Guinée : ethno et haine ethnique. Et si on apprenait à juger les gens selon leurs capacités à réfléchir, et si nous les jugions seulement sur une base plutôt solide que d’errer sur des mesquineries qui n’arrangent personne.

La meilleure arme pour choquer désormais : c’est l’excuse ethnique. Si nous nous baladons dans ce camp, il n’y a qu’Alpha et son mauvais gouvernement qui gagnent. Ce sont eux qui font tout pour faire croire qu’il n’y a qu’une région naturelle parmi les quatre (Cf. Rachid N’Diaye) qui ne le supporte pas. C’est un peu ce que le sexisme fait pour diminuer la femme. La même méthode est utilisée pour rabaisser les personnes raisonnables.

A mon sens, la plus grosse bêtise de l’homme, c’est le fait de détester l’autre pour ce qu’il est. Comme le dit un proverbe Maninka « la parole peut manger l’homme ». Et donc, il faut retenir qu’il y a des paroles cannibales, donc parmi ces paroles cannibales, on peut compter la haine ethnique qui revient souvent dans nos communications.

Personnellement, je choisis de ne plus répondre à toute personne qui par automatisme et par manque d’argument se cache derrière le mot « ethno » pour développer le cancer de haine qui le ronge de l’intérieur et pour espérer le transmettre à d’autre. Bête est celui qui pense que l’autre n’a aucune valeur, l’autre n’est rien. C’est lui l’important, c’est lui le nombril du monde. Le fait d’avoir besoin des autres est un besoin naturel. Il faut apprendre à tendre l’oreille, écouter les soucis des gens, être l’épaule qui réconforte avant d’être la bouche qui maudit, la bouche qui dit des mots sales.

Quand vous êtes attentifs aux maux des autres, ils peuvent vous écouter. L’indifférence n’a jamais été la solution. Quand nous sommes aussi leader d’opinion, quand c’est chaud, il faut dire des mots qui apaisent, il faut dire la vérité. Choisir le temps et la façon de communiquer est aussi primordiale. Loin de jouer au moralisateur à deux balles qui ne respecte pas ce qu’il dit, je crois que notre société́ est malade. Je commence par ma personne, pour aller vers vous.

Lavons nos cœurs de tout ce qui écœure

Une fois de plus, les mots là n’augmentent que des maux à notre quotidien. Actuellement, sur la toile, toutes les araignées sont devenues venimeuses. Il faut faire attention pour ne pas être mordu. A mon humble avis, c’est tout à fait normal que des peuples demandent « soutiens » à des leaders d’opinion. En fait, comme je l’ai toujours dit : « il suffit d’avoir un cœur pour condamner les meurtres. » Ce n’est pas de la politique le fait de condamner, c’est juste humain.

D’un côté, on pouvait rester silencieux, si nous savons que notre parole va heurter. D’un autre côté, les stéréotypes sont tellement présents qu’un Peul n’a plus le droit de s’indigner sur ce qu’un autre Peul subit. Beaucoup ont d’ailleurs peur de donner leurs opinions à cause de cette merde d’étiquetage qui fait le « roi » dans les débats publics. Il faut élever un peu le niveau du débat. Comme le disaient les rappeurs français « La ligue » : « l’amour des siens n’est pas la haine des autres ».

S’aimer soi-même ou aimer les siens, c’est beau. Il y a problème, lorsque cet amour pour les siens se transforme en haine pour les autres. Mais des fois, on a même tendance à interdire aux uns et aux autres de dénoncer tel ou tel acte, juste parce que ceux qui subissent sont des gens comme eux. Nous avons un cerveau lent, puisque c’est en masse nous crions tous : « black lives matters ».

Nous sommes comme des cerfs-volants que des salops manient à volonté́. Nous luttons tous contre le racisme, mais quand il s’agit de dénoncer un acte d’injustice sur une partie du peuple, nous trouvons qu’il y a des gens qui sont illégitimes pour s’indigner. Ces gens-là̀ ne doivent pas s’indigner, ils doivent se taire et observer comme tout le monde sans rien dire. Pourtant, l’injustice n’a ni race, ni une ethnie, la dénoncer ne fait de quelqu’un un haineux normalement. Sauf que, c’est trop facile pour les gens de porter un jugement. Réfléchissons, bannissons ce langage faux et rabaissant dans notre langage.

Elhadj Ousmane BALDE

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